La restriction calorique, alliée de la chimiothérapie en cas de cancer

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par Marcela FERARU

Ça fait des années que l’utilité du jeûne ou de la restriction calorique est évoquée dans la lutte contre le cancer. Des séries d’expériences réalisées sur des animaux de laboratoire donnent même des résultats impressionnants.

La dernière étude en date a été réalisée sur des rongeurs par une équipe (1) du centre méditerranéen de médecine moléculaire basé à Nice.

L’expérience à été effectuée sur des souris atteintes de lymphomes, des cancers qui touchent le système lymphatique, qui ont été soumises à une restriction calorique : 25% de calories en moins pendant une vingtaine de jours. Les animaux ont ensuite été traités par chimiothérapie. Conclusion : chez les animaux malades mis au régime, les traitements sont plus efficaces et la survie plus longue que chez ceux qui ont mangé à leur faim !

En fait, le but n’est pas d’affamer l’organisme pour affamer les tumeurs, mais d’exposer les cellules cancéreuses à une sorte de stress biologique, une modification de leur environnement qui les pousse à s’adapter.

ATTAQUER « L’IMMORTALITÉ » DES CELLULES CANCÉREUSES

Le mécanisme est simple : les cellules cancéreuses s’adaptent à la restriction calorique en mettant en sommeil un gène qui les aide, normalement, à croître et à se multiplier quasiment à l’infini. Cette croissance infinie, cette immortalité, est l’une des caractéristiques du cancer. La restriction calorique met ce gène d’immortalité en sommeil et la cellule cancéreuse perd, alors, une de ses bottes secrètes pour résister au traitement. Résultat, les médicaments ont d’avantage le champ libre pour agir.

Pour mieux comprendre, il faut s’intéresser aux travaux du biologiste américain Valter Longo, le «pape» du jeûne contre le cancer. En 2008, il a mené une série d’études sur l’animal et notamment sur des tumeurs du sein, une expérience avec des cycles de jeûne de 48 heures avant et pendant le traitement par chimiothérapie.

Les résultats sont, là aussi, spectaculaires et l’on constate une réduction de la taille des tumeurs plus importante chez les souris qui ont jeûné. La taille de leurs tumeurs représente en moyenne le quart de celles des souris qui ont mangé à leur faim. Il semble également que les effets secondaires des médicaments soient moins forts, autrement dit le jeûne augmenterait l’efficacité des chimiothérapies contre les cellules cancéreuses tout en préservant les tissus sains.

Le jeûne ou la restriction calorique sont des pratiques relativement faciles à mettre en place chez des patients qui ont décidé de se lancer. Valter Longo explique par exemple qu’il reçoit régulièrement des témoignages de patients qui suivent un jeûne thérapeutique avant une chimiothérapie. En France, aussi, plusieurs cancérologues rencontrent des patients qui leur demandent des conseils concernant la restriction calorique.

(1) (Inserm 1065, O. Meynet et coll.)

QUELS SONT LES RISQUES ?

Tous les médecins ont la même inquiétude : voir cette pratique se répandre sans surveillance, avec le risque d’affaiblir des personnes déjà fragilisées par la maladie.

Pour l’instant, aucun essai n’a été mené à grande échelle avec des comparaisons entre des groupes de personnes malades qui adoptent un programme de jeûne ou de restriction calorique et d’autres groupes témoins qui ne suivent aucun régime particulier.

Si les essais n’ont pas encore eu lieu c’est en raison d’un rejet épidermique d’une partie du monde médical qui voit d’un mauvais œil l’arrivée de la médecine «sans médicament». De plus, le jeûne ou la restriction calorique, n’intéresse pas les firmes pharmaceutiques et de ce fait il est difficile de faire financer ces essais.

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