Comment parler des attentats aux enfants

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Par Ruth Arbiser, psychologue

« Doit-on dire toute la vérité aux enfants ? », fameuse question qui s’applique parfaitement à la triste actualité des attentats. Les explications des faits dramatiques données aux enfants lorsqu’ils les demanderont, ou lorsqu’ils entendront les adultes parler, devront s’adapter à leur âge, avec des mots simples et clairs, en favorisant l’échange verbal.

Il serait souhaitable de leur parler de manière rassurante, comme si l’on faisait référence à un État représentant un père protecteur, en insistant sur le fait qu’ils peuvent avoir confiance dans les moyens mis en place pour protéger la population, et que ces tristes événements ne vont pas s’éterniser.

À partir d’un certain âge il est effectivement plus difficile de les rassurer avec des paroles que vous pouvez estimer décalées par rapport à une dure réalité, et c’est à cette occasion qu’un petit cours d’éducation civique sur la démocratie semblerait opportun. On peut également clarifier des concepts, des mots, et expliquer ce que veut dire « guerre » (confrontation d’État à État, ou guerre civile) et ce que signifie « attentat » et éviter ainsi les dérives langagières qui confondent tout ; bien que des guerres aient été déclenchées par des attentats, et qu’à l’heure actuelle on puisse parler de guerre contre le terrorisme, et qu’il existe également un terrorisme d’État.

Dire que la France est en guerre serait nié ce que vivent certains pays, autrement plus sanglant.

Il est préférable de parler clairement à l’enfant plutôt que de lui donner accès aux images cruelles qui passeront en boucle à la télévision et qui n’apportent aucune explication.

Si l’enfant a l’air de se désintéresser de la question, on n’est pas obligé de lui en parler, désintérêt qui pourrait d’autre part masquer une forte angoisse.

Si la télévision est allumée par hasard il vaut mieux l’éteindre calmement sans proférer une interdiction violente qui laisserait à l’enfant imaginer encore pire.

Un enfant ayant déjà vécu des événements déstabilisants les verra réactualisés.

Certains, déboussolés par l’inquiétude parentale, tenteront d’apaiser l’adulte, tel Xavier (six ans) qui a dit à sa mère de ne pas pleurer puisque les méchants sont toujours vaincus. Il est clair qu’il faudrait épargner à l’enfant d’inverser les rôles puisque face au désarroi il essaiera de protéger ses parents. L’angoisse de l’adulte est ressentie par lui. Un parent débordé aura du mal à avoir un rôle contenant, mais il a aussi le droit de pleurer devant lui, à condition de lui fournir une explication adaptée.

Lorsque les attaques surviennent très souvent, il ne serait pas logique non plus que le jeune constate le décalage entre le discours qui lui est adressé et celui qu’il entend dans l’entourage. Personne n’élève un enfant comme l’a été Buddha selon la légende, passant la majeure partie de son temps confiné au palais, protégé par son père, afin qu’il ne puisse ni voir ni connaître la souffrance humaine.

Certaines personnes regardent les catastrophes dans une euphorie défensive, ou avec morbidité, oscillant entre le soulagement d’y avoir échappé, et la fascination d’une scène de destruction qui trouve un écho à leur destructivité. À l’instar du pyromane soulagé par le feu ravageur, fasciné par l’hécatombe, retrouvant une espèce d’hémostasie, grâce à cet équilibre entre la violence interne et la scène de destruction réelle. Regarder en boucle une catastrophe peut signifier un besoin de perlaboration.

Si nous voulons garder une part d’angélisme, réservons la tout juste pour rassurer nos petits et maintenir autour d’eux tant bien que mal un cadre contenant, pour qu’ils puissent plus tard affronter le mieux possible l’avenir.

 

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