MÉDECINE TIBÉTAINE : LE CORPS ET L’ESPRIT, UN SYSTÈME INTÉGRÉ

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Par Isabelle Celestin-Lhopiteau, Fondatrice et directrice du centre IFPPC-Camkeys

Les conceptions du soin dans la médecine tibétaine apportent une vision complémentaire très intéressante pour nos pratiques occidentales.

Elles mettent en lumière l’importance de replonger le patient dans le mouvement de la vie et de lui permettre de développer une certaine distance avec les émotions pour lui permettre de les surmonter. Cheminement indispensable pour le thérapeute lui-même.

Elles offrent aussi une réflexion sur la relation soignant-soigné à travers la notion de compassion.

J’ai eu la chance de pouvoir travailler lors de six voyages d’études en Inde auprès
de médecins tibétains à l’institut de médecine tibétaine, le MTAI, à Dharamsala et auprès de médecins traditionnels au Ladakh, les Amchis. Ce travail de recherche a permis de me re en perspective les approches traditionnelles de ce système de soin très ancien avec nos approches occidentales.

1) QUE NOUS RÉVÈLE LA MÉDECINE TIBÉTAINE SUR LE SOIN ?

L’institut de médecine tibétaine, le MTAI, le « Tibetan Medical and Astrological Institute » ou TMAI ( tibétain : Men-Tsee-Khang) a été créé en Inde, à Dharamsala en 1961 par le 14e Dalaï Lama, après l’annexion du Tibet par la Chine en 1959 et l’exil de 80 000 Tibétains. Une bonne part du savoir médical tibétain (issue de l’Institut de Lhassa, ainsi que de l’ancien collège Chagpori) a pu y être sauvegardée et la médecine tibétaine en exil y est enseignée et développée aujourd’hui.

Le cursus médical de base est de 5 ans plus 2 années de stage pratique aux côtés d’un «Amchi» c’est-à-dire un médecin tibétain. Diverses recherches y sont menées, notamment sur le traitement du cancer, des rhumatismes et du diabète. Les études sont fondées sur le texte de référence de la médecine tibétaine, le Ghyü Shi, aussi appelé les quatre Tantras médicaux, retranscrit par Yuthok Yonten au XIIe siècle.

L’idée de base du système médical tibétain repose sur une définition spécifique de la santé. Pour être en bonne santé il est nécessaire de maintenir l’équilibre de trois humeurs, les Nyépas, qui sont : rLüng (le vent), mKhris-pa (la bile) et Bad-kan (le phlègme). Ces «humeurs» sont présentes dans chaque être humain et sont responsables de toutes les activités fonctionnelles et biologiques du corps.

Le corps est en bonne santé si ces trois « humeurs » sont en équilibre mais si elles perdent leur équilibre, les maladies peuvent apparaître. Les facteurs de déséquilibre à long terme des humeurs sont les trois poisons du désir, de la haine et de l’ignorance, ce qui montre à quel point la médecine tibétaine ne peut être dissociée de la philosophie bouddhiste.

La médecine tibétaine se fonde certes sur le bouddhisme, et ceux qui la pratiquent agissent selon ses principes éthiques, toutefois, les patients n’ont pas nécessairement à être familiers avec cette philosophie.

Le MTAI accueille quotidiennement plusieurs centaines de patients : des tibétains mais aussi des indiens viennent dans cet institut pour des consultations et des soins prodigués par les médecins traditionnels tibétains. Pour chaque patient tout commence par la prise des pouls, moment d’intense écoute du patient, l’examen de la langue et des urines. Chacune de ces observations permet de déterminer l’origine de la maladie. Après la consultation, le médecin délivre une prescription médicale. Diverses thérapeutiques sont nécessaires pour répondre au diagnostic. Des pilules sont préparées spécialement pour chaque patient. Les ventouses, l’acupuncture ou des massages viennent alors compléter l’arsenal thérapeutique tibétain.

Se remettre dans le mouvement de la vie

La médecine traditionnelle tibétaine, tout comme la médecine indienne, conçoit le corps humain comme un microcosme de la nature, de l‘univers. L’homme et le cosmos sont liés et formés des mêmes éléments. Le corps, la terre et l’univers tout entier fonctionnent avec la même énergie. Il y a une unité, une harmonie entre les éléments, et une communication permanente. Les différentes thérapies ont pour but de ramener l’unité quand celle-ci est perturbée par la maladie, de replonger le patient dans le mouvement de la vie. Cela met en lumière l’importance de ce e idée de mouvement dans le soin et de façon générale dans le processus de changement.

Rétablir le mouvement, le faciliter, l’harmoniser, l’accroître, différentes thérapies vont le permettre et il m’est apparu essentiel d’intégrer dans notre centre ces différentes voies pour amener un patient à se remettre dans le mouvement de sa vie : massage, méditation, hypnose, yoga, thérapie psychocorporelle…

Ce qui est mis également en lumière c’est à quel point ce cheminement est important pour le thérapeute lui- même, afin qu’il aide son patient à rentrer lui aussi dans ce processus.

2) L’IMPORTANCE DU TRAVAIL ÉMOTIONNEL DANS LE PROCESSUS DE CHANGEMENT

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