L’intelligence de la cellule

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Par le Dr Rodolphe Meyer, MD, PhD

Quand Théodore Schwann (1810-1882) publie en 1839 son ouvrage sur la « concordance de la structure et de la croissance des animaux et des plantes » il révèle que tous les organismes vivants sont constitués d’éléments de base appelés les cellules. Notre organisme est donc une sorte de fédération d’organismes plus simples qui s’associent pour fonctionner en harmonie. Organismes simples, pas si sûr. Presque deux siècles plus tard, de nombreux mystères subsistent sur ces organismes dits simples. Que savons-nous ?

En premier lieu que la cellule est un volume délimité par une membrane. Cette membrane, dite membrane cytoplasmique, est poreuse et permet des échanges avec le voisinage. À l’intérieur de cette membrane nous trouvons les organes microscopiques de la cellule, rebaptisés organites pour éviter la confusion avec leurs homologues macroscopiques. La confusion serait d’ailleurs assez facile car ces organites assument eux aussi les mêmes fonctions que nos grands organes. On retrouve une structure de microtubules qui assure les fonctions de maintien et de mouvement dévolues aux os, aux articulations et aux muscles. Il y a un système digestif, d’absorption et de transformation, constitué par les vacuoles et l’appareil de Golgi. L’énergie et la respiration sont assurées par les mitochondries. Ces mitochondries ont leur propre ADN et se multiplient avec leur hôte, la cellule. Elles sont certainement le résultat d’une fusion symbiotique il y a des centaines de milliers d’années. On dirait un processus Win- Win de nos jours. Nos cellules ne peuvent pas fabriquer ces mitochondries et elles nous sont transmises par nos mères. Nos mitochondries sont donc un des fils rouges généalogiques de notre espèce et elles nous relient, virtuellement, tous par cette ascendance. L’autre lien est constitué par notre ADN. Cet ADN hébergé dans le noyau n’en sort jamais. C’est la grande bibliothèque du fonctionnement de nos cellules et, dès qu’il y a besoin de réaliser un travail, les organites s’y réfèrent, comme autant de moines bénédictins allant consulter les archives d’une abbaye. C’est un trésor d’information qui comporte aussi ses zones sombres, voire interdites. Certains livres, ou séquences d’ADN, ne sont jamais lus. D’autres, s’ils le sont, peuvent provoquer un tel chamboulement que toutes les fonctions cellulaires s’en trouvent altérées (un cancer par exemple). Si les livres ne sortent jamais la bibliothèque peut en accepter de nouveau (un ADN viral par exemple) ou autoriser des corrections (thérapie génique). L’épigénétique nous montre aussi que l’on peut influencer la lecture ou l’interprétation des brins d’ADN, en fonction de contraintes psychologiques, physiques ou environnementales. Et l’intelligence dans tout ça ?

En effet, notre cellule a une forme, peut se déplacer dans certains cas, mange et digère, respire, produit, utilise sa banque de connaissances. Mais qui décide de quoi ? Qui coordonne ? Où se situe le pilote ? Environ trois millions de cellules meurent et autant naissent par seconde chez un adulte. C’est une question qui n’est absolument pas résolue en 2017. C’est le Dr. Lipton[1] qui émet le premier l’idée que l’intelligence de la cellule réside non pas à l’intérieur de son cytoplasme mais dans sa membrane, le plasmalemme. C’est-à-dire dans son interface avec l’extérieur. C’est sa capacité à communiquer, à interpréter, à comprendre l’autre et son environnement qui la pilote. Cette membrane est totalement recouverte de capteurs, d’antennes, qui sont autant de moyen d’analyser, de palper, de transmettre des informations et des signaux. Nouveau paradigme étayé de solides données factuelles et qui solutionne des ambiguïtés que l’on choisissait, jusqu’alors, de survoler pour continuer à avancer dans la connaissance de mécanismes plus précis. Car n’oublions pas que chacune de ces grandes fonctions cellulaires, digestion, respiration, intelligence, recèle encore une incroyable complexité. La complexité fractale en quelque sorte. Nous voilà donc avec une cellule, encore assez mal comprise, de par son extrême complication intrinsèque, qui cohabite avec quarante mille milliards[2] de coreligionnaires dans des interactions quasi parfaites qui échappent encore pour beaucoup à l’entendement. Restons fascinés et respectons toujours cet ensemble que nos patients nous confient. Un bon bol d’humilité, qu’il est indispensable de boire chaque matin avant d’aller travailler dans une blouse blanche ou dans un cabinet de thérapie complémentaire. Les deux n’étant pas incompatibles comme vous le savez…

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[1] The Biology of Belief – Unleashing the Power of Consciousness, Matter & Miracles (2005) ; The Wisdom of Your Cells – How Your Beliefs Control Your Biology (2006).

[2] Bianconi E et al. An estimation of the number of cells in the human body. Ann Hum Biol. 2013 Nov-Dec;40(6):463-71.

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