Le testament de Jean-Marie Pelt : mangez mieux, mangez bio !

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Jean-Marie PELT therapie complementaires
Jean-Marie PELT therapie complementaires

Interview de Jean-Marie Pelt

Jean-Marie Pelt, un des plus grands botanistes de notre temps, nous a quittés en décembre dernier après une vie bien remplie, au service de la nature et de notre bien-être. J’ai eu la chance de le rencontrer pendant les journées « Jardin planétaire », organisées chaque année par Kyran Vyas dans son centre Tapovan de Normandie. Il nous a parlé de la grandeur de l’Univers, du miracle de la vie, de notre place dans ce concert cosmique. Ses sorties se faisaient très rares, d’où l’intérêt exceptionnel de cette conférence.

Il a eu la gentillesse de répondre à quelques questions pour les lecteurs de Thérapies Complémentaires ; c’est, peut être, sa dernière interview.

TC-Il y a de plus en plus de personnes qui s’intéressent aux médecines douces, aux thérapies complémentaires ou aux médecines traditionnelles, voire ancestrales. Avez-vous ressenti un changement dans l’attitude des pouvoirs publics vis-à-vis de ce courant ?

Jean-Marie PELT– Il y a un changement dans l’air du temps. Je ne dirais pas que c’est grâce au gouvernement, qui aurait lui même beaucoup évolué sur ce terrain, mais c’est dû aux gens, à la société civile. Il y a une prise de conscience très importante. En fait les idées qui sont portées par le courant « nature » ont créé un changement qui est très intéressant.

Pour les pouvoirs publics il y a peut-être un intérêt financier. Ils se disent que si on pouvait diminuer les dépenses de la ʺSécuʺ ça serait plutôt pas mal, et ils ont raison de se le dire. Voici un exemple: les maladies de la civilisation, les maladies de longue durée coûtent très, très cher à la sécurité sociale et avec un mode de vie plus raisonnable, une alimentation plus opportune, un mode de vie plus conforme aux lois de la nature nous pouvons diminuer l’impact de ces maladies.

Prenons le cas du cancer. J’ai assisté récemment à la conférence d’un grand scientifique qui publie des articles dans les meilleures revues internationales sur le thème «pesticide et cancer». C’est évident que des cancers sont liés à l’effet des pesticides. Donc si on veut baisser le taux des cancers, maladies qui coûtent très chères à la sécurité sociale, il faut diminuer l’emploi des pesticides aussi. C’est une approche que je crois urgente et très importante.

TC-Justement ! On pense bien faire en mangeant plus de légumes et de fruits – ce sont aussi les recommandations officielles – mais on ne fait que s’exposer davantage aux pesticides !

Jean-Marie PELT – Il faut manger davantage ʺbioʺ. Pourquoi ? J’ai beaucoup développé ce thème dans mon dernier livre, «Légumes d’ailleurs et d’autrefois», où j’ai montré qu’il y a des nutriments dans les légumes qu’on ne trouve pas dans d’autres aliments, qu’on ne trouve que dans les légumes, et que ces nutriments sont une protection contre le cancer. Si nous avons un régime avec des légumes ʺbioʺ, qui n’ont pas de pesticides – ou des traces infimes – nous pourrons sans doute diminuer le fléau du cancer. Nous pourrons diminuer aussi, semble-t-il, pour les agriculteurs, la maladie de Parkinson, reconnue récemment comme maladie professionnelle par la sécurité sociale agricole ; nous pourrons aussi diminuer les atteintes à la virilité masculine – la perte du stock de spermatozoïdes et l’infertilité …Tout cela se tient ! Nous devons travailler dans ce sens là, sur le mode de vie, si nous voulons diminuer les pathologies liées à des modes de vie non raisonnables.

TC-Il y a des conseils contradictoires sur la part du végétal par rapport à l’animal dans notre alimentation. Quelles sont vos recommandations ?

Jean-Marie PELT – Il faudrait beaucoup plus de fruits et de légumes, beaucoup plus de légumes secs qui contiennent des protéines (et qui pour cette raison peuvent remplacer en partie la viande), moins de viande rouge – tant qu’à manger de la viande, au moins que ce soit de la viande blanche. Donc le régime alimentaire doit être repensé.

TC– Conseillez-vous de devenir végétarien, végétalien ou vegan ?

Jean-Marie PELT – On peut devenir végétarien, bien sûr, moi je ne le suis pas mais je ne suis pas contre, mais en tout cas ce qu’on peut sûrement faire c’est manger les fruits et les légumes ʺbioʺ, ça c’est très important à mes yeux.

TC– Si on veut faire de la prévention, si on veut prendre notre santé en mains, quelle peut être la part des traitements par les plantes dans cette prise en mains de notre santé? De quelle manière ? À qui s’adresser ?

Jean-Marie PELT -Il y a la phytothérapie, avec de plus en plus de médecins qui la pratique, cela n’est plus complètement marginal comme cela l’a été pendant longtemps ; il y a aussi l’homéopathie qui s’est beaucoup développée aux cours des vingt dernières années, c’était essentiellement une thérapeutique de tout petit groupe ; elle est maintenant pratiquée d’une manière très large. Il y a la naturopathie qui est plutôt d’inspiration germanique ou suisse. C’est une thérapeutique qu’on trouve beaucoup en Allemagne, où il y a des praticiens de santé qui s’appellent « heil pratiker » (praticiens de santé).

Il y a donc beaucoup de pistes vers lesquelles on peut se diriger aujourd’hui, ce n’était pas le cas il y a 30 ans.

TC – Pensez-vous que nous puissions résister aux lobbys pharmaceutiques et agro-alimentaires ?…

Jean-Marie PELT -Par des comportements personnels, oui ! Plus il y aura de gens qui auront des comportements tels que ceux qu’on décrit, plus on fera avancer les choses et plus on fera diminuer les coûts de la sécurité sociale.

TC– Vous avez évoqué dans votre dernier livre les légumes d’autrefois. Quels sont ces légumes que nous avons oubliés,  qui sont bons pour la santé et que vous conseillez de réintroduire dans notre alimentation ?

Jean-Marie PELTLe topinambour par exemple, qui est un excellent légume, ou le rutabaga. Ces deux légumes ont très mauvaise réputation parce que c’était des légumes qu’on mangeait pendant la guerre. Comme il n’y avait pas beaucoup de matière grasse on les mangeait à l’eau, ce n’était pas très bon, mais ils ont tout les deux des propriétés protectrices contre les cancers, notamment le rutabaga. Il y a le panais aussi qui est un vieux légume d’autrefois, très intéressant pour ses nutriments. En voilà trois qui sont faciles à trouver dans le commerce alors qu’il y a quelque temps on ne les trouvait pas. Vous avez les légumes secs, que nous consommons de moins en moins – les lentilles par exemple nous en consommons très peu alors qu’il faudrait en consommer beaucoup ; elles contiennent d’une part des protéines, d’autre part des fibres et nous n’absorbons pas assez de fibres.

TC – Dans les universités, quelle est la place et quelle doit être la place des thérapies complémentaires, traditionnelles ?

Jean-Marie PELT -Ce que nous souhaiterions c’est qu’elles aient plus de place; en ce moment c’est très insuffisant : le monde universitaire, le monde scientifique ne sont pas orientés vers cette direction-là. Vers cette direction-là c’est plutôt la population qui se dirige, qui mène le jeu, qui avance. Je prends le cas du ʺbioʺ : on a dit qu’un produit bio ou non-bio c’est la même chose, on a dit ça partout, dans le monde scientifique, dans le monde politique et c’est faux ! Il y a une grande étude américaine qui est parue il y a un an qui montre que le bio a des avantages très importants. Donc dans le monde universitaire il y a beaucoup de chemins à parcourir.

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