Améliorer votre concentration avec le Taï Chi

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Par Cezar Raducanu, maître de Taï Chi et de Qi-Gong

Certains trouvent que le Taï Chi est une discipline difficile, car sa pratique demande beaucoup de patience et de concentration. On a parfois du mal à l’associer à une activité de détente. En effet, la mémorisation des mouvements peut constituer un obstacle, étant donné la durée et la complexité d’un enchaînement de Taï Chi. Le travail de coordination, le ressenti spécifique à chaque posture et l’entraînement nécessaire pour améliorer son équilibre demandent du temps et de l’assiduité. Au bout de quelques années de pratique régulière, on peut constater les effets bénéfiques du Taï Chi sur  notre calme intérieur, sur nos tensions musculaires, ainsi que sur notre capacité de concentration.

Se concentrer sur ses propres sensations permet de renforcer l’attention et d’écarter les pensées parasites. Si pendant l’entraînement votre esprit s’égare, essayez de le ramener (sans le brusquer) vers les sensations corporelles du moment présent. Notez ce que vous ressentez (enracinement, respiration) sans essayer d’influencer votre comportement. Contentez-vous d’observer, sans juger, sans analyser. Essayez ensuite de chercher des réponses à des questions plus précises sur la perception de votre corps, comme par exemple : « mon poids se trouve-t-il davantage sur une jambe ou sur l’autre ? » ou : « le sommet de mon crâne est-il bien étiré ? » ou encore : « mes épaules sont-elles bien relâchées »?

Le professeur Peter M. Wayne (instructeur de Taï Chi et chercheur à l’école de médecine de Harvard) fait part de son expérience dans un ouvrage consacré à cet art martial interne. Il explique, dans un chapitre consacré à la prise de conscience, sa façon d’enseigner le transfert du poids d’une jambe sur l’autre, mouvement de base qui demande de la concentration et de la patience. « Nous sommes emplis d’un océan intérieur d’eau, de sang et de lymphe » dit-il et suggère à ses élèves « de ressentir les mouvements du corps plutôt comme une vague ou un effet de balancier et non comme une masse solide qui change de position ». La pratique régulière du Taï Chi permet de concentrer l’attention sur une partie précise de son corps (en l’occurrence la voûte plantaire) et de percevoir cette « vague » qui se déplace avec chaque mouvement. On peut ainsi observer si « la voûte plantaire ou la région des orteils est plus sensible ou consciente d’être baignée par cet océan intérieur que le talon » . L’attention doit se porter ensuite sur les effets du transfert du poids au niveau des chevilles, des genoux, des hanches, de la colonne vertébrale, de la tête et des bras. Il faut distinguer entre ressentir une partie de son corps et analyser cette sensation. Selon le professeur Wayne, se contenter de ressentir une partie de son corps permet d’y déplacer le Qi, tandis que « penser, réfléchir à cette partie du corps déplace le Qi vers la tête » ce qui peut induire des difficultés de concentration.

Une étude menée aux États-Unis d’Amérique sur 2250 adultes en 2010 montre que, d’une façon générale, on passe la moitié de son temps à penser à autre chose qu’à l’activité qu’on est en train d’accomplir et que ces pensées égarées ont une influence négative sur le moral. En cultivant des aspects Yin de notre personnalité (calme, relâchement, introspection, lâcher prise), le Taï Chi nous apprend à développer notre capacité de fixer l’attention sur le moment présent. Cela fait diminuer progressivement « cet incessant vagabondage dans notre tête » entre jugements, analyse, critique de soi ou (et) des autres, soucis divers ou « simples rêvasseries ». Ainsi, la pratique régulière du Taï Chi peut être bénéfique pour notre équilibre émotionnel.

Le professeur Wayne évoque l’évolution de la relation entre les mouvements et l’attention concentrée à travers les différentes étapes de pratique. Chez les débutants, « l’esprit est généralement occupé par l’apprentissage de séquences motrices et gestuelles brutes », ce qui favorise la mémorisation de l’enchaînement. Dans une deuxième étape, « l’esprit pensant commence à se détendre et se tourne d’avantage vers l’observation du corps en mouvement ». Avec le temps, on concentre l’attention sur l’harmonisation entre ses gestes et sa respiration. À un niveau supérieur de pratique, « l’intention, au moyen des images mentales, améliore la qualité des mouvements. À un niveau encore plus élevé de pratique, mouvement et esprit ne font plus qu’un ; plus aucun décalage ne se produit entre l’intention d’un geste et son exécution ».

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